Rencontre avec Wilson Payet, danseur professionnel

Il a ému le public du Leu Tempo festival et celui de Canter, le mois dernier. Depuis un an, Wilson Payet a intégré la compagnie Danses en l’R. Rencontre avec un jeune homme ultra-positif dont le handicap n’entame pas les rêves.

Il ne savait pas que c’était impossible, alors il l’a fait. Elle lui va comme un gant, la citation de Mark Twain. A 19 ans, Wilson Payet est danseur professionnel. Le titre lui scotche un sourire communicatif aux lèvres. Ça signifie tellement, pour ce jeune homme handicapé. « Je vais bientôt quitter l’IME (institut médico-éducatif, NDLR). Ça veut dire encore plus de liberté, plein de projets à mettre en place, une autre vie à vivre », se réjouit-il. Cette liberté, il la goûte déjà sur la terrasse de l’hôtel Iloha, à Saint-Leu, où il est logé le temps du Leu Tempo festival. Pour la première fois, il vit quelques jours hors de la maison familiale de Saint-Pierre. « Je me sens libéré de moi-même, libre de faire ce que je veux », confie-t-il. Et il en veut, des choses, Wilson. Passer son permis de conduire, son BAFA et une VAE d’assistant chorégraphe. Depuis qu’il a intégré la compagnie Danses en l’R, il y a un an, le jeune homme se forme et pourra bientôt animer à son tour des ateliers de danse intégrée, mêlant valides et handicapés, au sein des IME.

C’est par ces ateliers qu’il est venu à la danse, il y a huit ans. « La première fois que j’ai participé, j’ai trouvé ça super. Je me suis dit que ça serait peut-être mon truc », se souvient-il. Et ça l’est, son truc. Le jeune homme emplit la scène d’une rare présence et surprend par sa force d’interprétation.

« Quand je danse… wouah … c’est quelque chose de magique. Je ne peux pas expliquer mieux que ça. C’est une telle liberté de mouvement ! ».

Atteint de spina bifida, une malformation de la colonne vertébrale, Wilson n’a jamais eu l’usage de ses jambes. Pour autant, il n’a jamais renoncé au sport. « Enfant, je me suis rendu compte de ma différence en voyant les autres marcher, monter les escaliers. Je me suis dit que j’allais faire avec. Et voilà », explique-t-il. Six fois médaille d’or en athlétisme, Wilson pratique aussi le basket au sein de l’association handisport de Saint-Pierre. « Je prends tout positivement. Je ne me dis pas que ça n’est pas possible. Je fonce et je vais jusqu’au bout », confie-t-il.

A 19 ans, sa volonté et son talent ont déjà arraché des larmes à ses parents et l’une de ses sœurs, émus face au spectacle Attention fragile. Une belle reconnaissance, pour Wilson Payet, tout comme les encouragements des autres danseurs et du chorégraphe Eric Languet. « Il m’a appris beaucoup sur moi-même. C’est quelqu’un qui pousse les gens à fond », estime Wilson.

Par la compagnie Danses en l’R, il a découvert David Toole, formidable danseur sans jambe, et ne cache pas son admiration pour lui. « Il fait de belles choses. Il a vraiment un mouvement excellent », sourit-il. Un modèle avec qui le jeune homme partage la même passion pour la danse. « Quand je danse… wouah … c’est quelque chose de magique. Je ne peux pas expliquer mieux que ça. C’est une telle liberté de mouvement ! ». La danse, c’est aussi la première activité physique qu’il pratique sans son fauteuil. C’est aussi un moyen de recevoir différemment le regard de l’autre, qui n’a pas toujours été tendre avec lui. « Petit, les gens me regardaient de travers, avec des regards pas vraiment positifs. Après, je me suis dit que j’étais comme ça, que je ne pouvais rien y changer. Donc je m’accepte comme je suis et je crois que c’est ce qui est important ».

Sa positive attitude, Wilson souhaite la partager avec les personnes handicapées (et les valides peuvent aussi en prendre de la graine au passage) : « Je veux leur dire qu’il faut toujours aller le plus loin possible, ne pas baisser les bras, être toujours positif, quoi qu’il arrive ». Alors, on danse ?


Isabelle Kichenin
L’Azenda